|
 EDOUARD SAUTAI
CHEZ ATOMIC GALERIE
ET AU CENTRE POMPIDOU DU 20 FEVRIER AU 20 JUIN 2008
 |
 |
L’œuvre de Edouard Sautai valse entre simplicité et complexité. De prime abord d’accès facile, son œuvre nous propose des rémanences de notre enfance : les toupies vaisselle, les photographies ou vidéos mettant en scène notamment des voitures miniatures, les dessins : résultats de la réunion de points…
Néanmoins, au delà de cette transparence, il existe une réelle complexification de l’œuvre par une recherche scientifique. Le talent d’ un tel artiste ne peut laisser indifférent, pour preuve, le Centre Pompidou lui consacre une exposition au titre évocateur, L’oeil sur l’échelle.
La photographie
Pour une bonne compréhension d’une partie de l’œuvre photographique de Edouard Sautai, il est nécessaire de s’y repérer pour reconsidérer notre position dans l’espace. Ses photographies sont des mises en situation dans lesquelles le rôle du regardeur et sa vision sur l’environnement imposé par l’artiste diffèrent selon son intime perception. Edouard Sautai joue avec l’illusion nous obligeant ainsi à une remise en question. Grâce à cet état, l’œuvre prend toute sa dimension, dans sa fonction et sa spatialité, en faisant passer le spectateur d’un état passif à un état actif.
Considérons ce supermarché et son parking comble. L’analyse conceptuelle de cette photographie nous permet de dissocier, d’une part, les voitures constituant partie inhérente de la réalité et, d’autre part, une mise en scène de voitures miniatures s’imposant presque naturellement à la réalité par un effet d’optique mais pas suffisamment pour maintenir le spectateur dans l’illusion totale. L’artiste préserve l’état conscient du regardeur. Ainsi, ces jouets s’imprègnent de la mise en scène, faisant désormais partie intégrante de la situation qui leur incombe un rôle devenu évident pour celui qui regarde. A savoir l’alternative de se placer dans une réalité dimensionnelle générant une prise de risque tendant vers zéro ou de l’ordre de la contemplation. Ou bien utiliser sa prérogative d’illusion le confrontant à une réalité dimensionnelle nouvelle qui le rend presque vulnérable. Cette nouvelle réalité confronte alors le spectateur à sa petitesse et à son incapacité de main mise sur le monde environnant. Accepter la proposition de l’artiste, c’est accepter la dépréciation de nos pouvoirs et de notre rôle.
Les dessins
A travers ses dessins, fruits de droites reliant une multitude de points, Edouard Sautai fait une nouvelle fois appel à nos souvenirs d’enfance. Souvenons nous de ces magazines dans lesquels nous étions face à des chiffres dont on ne savait que faire mais dont on savait que derrière se profilait un mystère, celui de la figure dissimulée. L’intérêt suscité par ces dessins se porte autant sur l’œuvre finale que sur la genèse de ceux-ci. Tel l’écrivain face à sa page blanche, l’artiste se doit de prendre le risque d’imaginer la matière nécessaire à l’élaboration de l’œuvre. Edouard Sautai opère par projection mentale. La figure est déjà construite dans son esprit, il ne lui reste plus qu’à la visualiser sur la page blanche et sa main semble guidée par son mental. Cette force et gymnastique intellectuelle est devenue réflexe, l’artiste étant capable de définir un objet par le nombre de points nécessaires à sa constitution. Cette étonnante capacité n’est pas en reste face à ces dessins d’inspiration architecturale faits à main levée et dont la quasi perfection dénote une maîtrise indiscutable.
L’œuvre de Edouard Sautai est profondément rythmée par une recherche de spatialité et notamment de (re)positionnement. Il se joue de nos repères acquis tout en retranscrivant avec fidélité la réalité. Son œuvre est ponctuée d’études flirtant avec les domaines scientifiques et d’appels au vécu, entre humour et sérieux ; mais n’est-ce pas là une des fonctions essentielles de l’Art ?
Loic BAILHACHE.
|
|